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« J’ai immigré au Québec il y a presque dix ans. Au début, mon mari et moi voulions emménager en Ontario, parce que l’anglais y est parlé couramment. Mais ayant entendu beaucoup de bien de la Province du Québec, nous avons décidé de changer de destination. Je me souviens encore de mes derniers moments en Chine, où mes collègues et mes proches me répétaient sans cesse que ce n’était pas une bonne idée de partir si loin. On me disait que les conditions de travail étaient mauvaises. Cependant, la raison qui me faisait surtout hésiter, était le fait que mon patron ne voulait pas me perdre. Mon pays a dépensé beaucoup pour ma formation et l’on voulait me garder. Malgré tout, ma curiosité et mon goût de l’aventure m’ont poussé à venir ici. Alors, j’ai fait le grand saut, avec mon mari.


L’atterrissage s’est déroulé à Montréal, où j’ai été surprise par le multiculturalisme présent dans cette ville. Par la suite, un sentiment d’enchantement m’a submergé. Que c’était beau de voir des maisons, de pouvoir respirer l’air frais et de contempler la nature! C’est l’opposé de la Chine, avec ses nombreux gratte-ciels et ses rues bondées. J’ai eu la chance d’arriver en été, c’était magnifique. Quelques mois plus tard, l’hiver arriva avec sa neige blanche. Ce fut dur, mais nous avons survécu! Je ne craignais pas l’idée de me situer à un nouvel endroit totalement étranger. Les différences que je pourrais y vivre m’intéressaient grandement. J’ai toujours appris à accepter les autres cultures, donc les doutes semblaient loin derrière.


Durant ma première année ici, j’ai vécu plusieurs chocs culturels, notamment la langue. Il était difficile de communiquer avec les gens car je ne connaissais pas le français. J’ai dû suivre des cours de francisation ce qui m'a beaucoup aidé par la suite. Il m’était arrivé de comprendre quelque chose et que cela avait une toute autre signification que celle dont j’avais déduite. Aussi, la façon de voir les choses est différente. Par exemple, les drogues et l’alcool sont beaucoup plus tolérés au Québec qu'en Chine. Cela m’a complètement désorienté de voir que de telles substances soient en libre circulation. Dans mon pays natal, la consommation de produits illicites conduit à de sévères amendes. Les gens n’osent pas essayer et encore moins de s’en approcher. À l’opposé, il apparait que l’autorité québécoise semble laisser une certaine souplesse. Dans un autre ordre d’idées, j’ai changé certaines habitudes progressivement, dont mon alimentation. Par exemple, mes collègues de travail avaient tenté de m’initier au fromage mais cela ne m’attirait pas du tout. De fil en aiguille, j’ai essayé de l’intégrer à mes repas et je me suis adaptée au goût. Aujourd'hui, j’adore les fromages!! Par ailleurs, les desserts n’ont pas obtenu le même succès. Terminer un repas avec des sucreries n’a jamais fait partie de ma culture.


Les années passèrent et je constate aujourd'hui plusieurs différences entre la Chine et le Québec. Premièrement, les conditions de travail ne sont pas du tout les mêmes. Ayant œuvré dans la restauration dans les deux pays et bien que les tâches effectuées soient similaires, le salaire, quant à lui, est bien différent. Croyez-le ou non mais je gagnais plus en Chine. Toutefois, la recherche d’un emploi a été difficile et m’a encourager à travailler plus fort afin de maîtriser le français ; sans cette langue, je ne pouvais reprendre le poste que je possédais avant (professeure de mandarin). Une autre distinction du Québec avec mon pays d'origine est la liberté d’expression. Au Québec, on peut s’exprimer sur une situation, que ce soit relié à la politique ou au milieu du travail. En Chine, l’État contrôle tout. Il faut faire attention à ce que l’on dit. Prenons l'exemple de la manifestation des étudiants contre la hausse de scolarité. J'admire le courage des étudiants; ils veulent se prononcer pour que les choses changent. Toutefois, si l’on simule cette situation en Chine, le gouvernement sévirait rapidement. Avec du recul, je réalise qu'il est agréable d’avoir cette pression étatique légèrement estompée ici, mais l’habitude est ancrée et je reste très vigilante malgré tout. Si jamais on voulait se prononçait, il fallait s'assurer à faire de manière indirecte, tandis qu’ici, les choses se font de manière plus directe.


Aujourd’hui, je me définis comme une Chinoise, une Québécoise et une Canadienne. Assurément, j’ai conservé des valeurs chinoises, mais ma façon de voir les choses a changé. Des souvenirs marquants ont forgé ma nouvelle identité, dont la fameuse fois où ma fille (âgée de 8 ans) a découvert les pennes au thon grâce à sa garderie. La surveillante m’a donné la recette et depuis, ce repas fait partie de nos mets quotidiens. Je suis devenue plus ouverte à la nouveauté qu’auparavant. Aussi, le fait d’enseigner le mandarin ici me donne l’impression d’apporter une richesse à ces gens qui veulent découvrir une nouvelle culture. Je ressens une belle harmonie depuis que je me suis habituée au Québec. Mon mari travaille à un restaurant chinois et canadien, il ne s'y sent pas dépaysé. Ma fille s’intègre très bien à l’école. Maintenant, j’ai un nouveau défi : je dois transmettre le bagage que j’ai acquis jusqu'à maintenant à mon petit garçon de 2 ans ».


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